L’âme et la vie après la mort chez les anciens Arabes
Les Arabes païens n’avaient pas une idée bien définie de ce qu’était la vie après la mort, mais il semble qu’ils aient cru en la survie de l’âme après la mort du corps. Au moment de la mort, l’âme quittait le corps sous la forme d’un oiseau (hàma) qui, abandonné et désespéré, volait au-dessus du cadavre, pleurant pitoyablement son propriétaire.
On rencontrait souvent ce genre d’oiseaux dans des endroits désolés, dans les cimetières, ou bien là ou quelqu’un avait connu une mort violente. Certaines âmes-oiseaux se rassemblaient près du domicile des enfants du défunt, pour leur apprendre ce qui était arrivé à leur parents. On pensait que l’âme-oiseau prenait l’aspect d’un hibou, parfois d’un aigle. Il sortait du crâne tout petit et devenait progressivement adulte avec des plumes. Si le défunt avait été assassiné, son âme-oiseau devait hanter le lieu du meurtre, vociférant : « Apaise ma soif ! Apaise ma soif ! » Seul le sang du meurtrier, versé par vengeance, pourrait apaiser l’oiseau et calmer ses pleurs.
On racontait de nombreuses histoires sur l’inquiétant pouvoir de l’âme-oiseau et ses vols dramatiques. L’une raconte comment Layla Akhyaliyya, une célèbre poétesse arabe, tomba amoureuse d’un autre poète de sa tribu, Tawba. Les familles n’approuvaient pas le mariage et Tawba, accablé de douleur, écrivit ce poème :
Que Layla passe près de ma tombe
Et me salue,
A travers les pierres je lui rendrai
Mon salut.
Mon âme volera vers elle, un oiseau,
Qui volera en pleurant.
Tawba mourut peu après et Layla fut mariée à un homme choisi par sa famille. Or, son mari savait que sa femme avait aimé Tawba, et il la surveillait jalousement, ne la quittant pratiquement pas du regard. Les années passèrent. Le couple, au cours d’un voyage, passa près de la tombe de Tawba. Le mari jaloux, se souvenant du poème de Tawba, se tourna, se tourna vers Layla : « Descends ! Va saluer Tawba dans sa tombe ! »
Pleurant sans pouvoir s’arrêter, Layla refusa mais son mari insista. A contrecœur, Layla descendit de son cheval et s‘approcha de la tombe, les larmes coulant sur son visage. « La paix soit avec toi, Tawba », dit-elle, brisée.
A peine avait-elle fini de parler qu’un oiseau ressemblant à une colombe sortit de la tombe, vola vers elle et disparut dans le ciel. Terrifiée, elle hurlait, les mains contre son cœur. Puis elle s’écroula sur la tombe de Tawba, ses doigts s’accrochant aux cailloux froids. Quand son mari voulut lui porter secours, il était trop tard, elle était morte.
Une autre histoire montre un aspect moins effrayant de la vie après la mort. Dans la littérature arabe, la vie et les actes d’un homme nommé Hatim sont décrits comme l’incarnation des idéaux de générosité et d’hospitalité. Les gens croyaient que, même après sa mort, sa tombe recueillerait les affamés et offrirait un refuge à l’exilé : il devint un hima, un sanctuaire pour les voyageurs et les vagabonds.
Un jour, un voyageur passa près de la tombe de Hatim. Approchant, il remarqua un gros chaudron posé à côté, identique à ceux dont Hatim se servait pour recevoir ses invités quand il était vivant. De chaque côté du tombeau, il vit quatre servantes, inclinées, comme si elles pleuraient le propriétaire. Avec leurs cheveux répandus sur les épaules, elles étaient si gracieuses et si jolies qu’il les contempla un long moment.
Il apprit plus tard qu’elles avaient été placées là par des djinns pour garder la tombe pendant qu’Hatim s’occupait de ses invités aussi généreusement que dans le passé. Pendant la journée, un passant peut être attiré vers la tombe par de magnifiques silhouettes ressemblant à des servantes, et ne regarder en fait que quatre rochers sculptés. La nuit tombée, elles sortiront des rochers, accompagnées de leur djinns gardiens. Elles danseront autour de la tombe et monteront la garde toute la nuit, pleurant la mort d’Hatim, lui le plus généreux des Arabes.
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